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Rencontre avec Patrice Robin

Patrice Robin écrit des livres, très souvent autobiographiques, depuis 1987. Il ne sera publié qu’en 1999, mais il n’a de cesse d’écrire, soutenu par Annie Ernaux dont il a lu le livre Une Femme qui lui a rappelé sa mère. La Place lui a rappelé son père, et il s’est dit que cette femme pouvait quelque chose pour lui. Alors, il a écrit à Annie Ernaux… qui lui a répondu trois semaines plus tard. Depuis, le dialogue entre eux deux ne s’est jamais interrompu. Patrice Robin a trouvé en Annie Ernaux une lectrice intraitable, essentielle, qui lui dit sans faux-fuyant ce qui fonctionne ou non dans son texte. Elle lui conseille surtout de raconter des histoires personnelles, qui lui tiennent à cœur, et de dire « Je » plutôt que Pierre, Paul ou Jacques. L’autre lectrice à laquelle Patrice Robin sait pouvoir se fier, c’est sa femme, qui lui indique la direction à suivre pour qu’il ne se perde pas. Trouver un lecteur de confiance, sur lequel on peut compter pour avancer dans l’écriture, est essentiel, confie-t-il. Patrice Robin écrit tous les jours; tous les matins plus exactement. Le matin, c’est aussi le moment où il commence par relire ce qu’il a produit la veille; où se dessine clairement ce qu’il peut garder et ce qu’il doit supprimer.

Patrice Robin, à 13-14 ans, se voyait cinéaste, caméra au poing (souvenir des manifestations contre la Guerre du Vietnam aux Etats-Unis qu’il regardait à la télévision nouvellement arrivée chez ses parents.) Leur refus de l’inscrire à une école de cinéma, car eux rêvaient leur fils fonctionnaire, enseignant, rangé, gravissant l’échelle sociale pour quitter le milieu de la quincaillerie familiale, fut une blessure qui mit longtemps à cicatriser ; mais elle fut aussi le terreau fertile de ses premiers livres, Les muscles, Le commerce du Père… De ses envies cinématographiques avortées sont restés la passion du septième art, l’envie de travailler dans le milieu du cinéma (ce qu’il fit) et l’art du découpage qu’il pratique en expert pour mettre en forme ses livres, une fois achevé le travail d’écriture : l’ordinateur, ici, devient un précieux outil qui permet de copier / coller / déplacer / mettre en forme aisément ses écrits.

PRobin

Ainsi, dans Une place au milieu du monde, Patrice Robin dresse le portrait sensible de jeunes en rupture (avec leurs familles, la société, l’école…) sans jamais, cependant, tomber dans le pathos : à travers ce récit et son travail dans un atelier d’écriture, il leur rend une place au milieu du monde. La Fabrique, qui se dresse au milieu d’une friche industrielle, c’est le lieu de tous les possibles pour ces adolescents en déroute : une fabrique pour redonner un semblant d’espoir et déclencher l’étincelle de vie dans ces esprits laissés trop longtemps à l’abandon et dont on a négligé de développer les dons. A la Fabrique, Djamil – Déterminé-Je suis-ÀMe sortir de l’-Ignorance et de –L’échec – retrouve le chemin des études et de la réussite, et confiance en lui ; Lissah, elle, se reconstruit en mettant en mots sa vie tragique (le décès de ses parents, l’exil, le malheur…) Devenue caissière, elle espère enfin pouvoir trouver le bonheur en devenant mère. Néanmoins, tout n’est pas rose, loin de là : Franck le motard se laisse gagner par les idées d’extrême-droite et Aude succombe à la tentation du suicide. En prison, l’écrivain se trouve confronté à une succession de portes closes, à l’enfermement des esprits, au découragement. Et pourtant, même en prison, la vie reprend ses droits, surprend, interpelle : Michel et Andry sont doués pour la poésie ; Jacques raconte, dans un style haut-en couleur, son bonheur de voler aux riches et aux banques : un choix de vie.

Son choix de vie, c’est aussi ce que livre Patrice Robin à nos élèves de Seconde venus échanger avec lui, ce mardi 24 mars 2015. Avec force et simplicité, il dit son refus du racisme et son engagement dans un atelier d’écriture auprès de jeunes accueillis en hôpital psychiatrique. Homme parmi les hommes, solitaire et solidaire, il met en œuvre à sa manière l’héritage d’Albert Camus, dont il nous confie se sentir infiniment proche. La sonnerie retentit et sonne le glas de ces trop courtes heures d’échange. Elèves et professeurs en repartent grandis. Merci à Monsieur Robin pour ce moment de partage et d’écoute. Merci à Madame Henry et à Interbibly d’avoir permis la réussite de cette très belle rencontre.

Violaine AZEMA. Professeur documentaliste, Lycée Marc Chagall de Reims.

Retrouvez le récit de nos rencontres et échanges et les coups de cœur du CDI Marc Chagall de Reims sur Internet à l’adresse suivante : http://0511926s.esidoc.fr Retrouvez toutes les chroniques littéraires du CDI Marc Chagall sur Babelio à l’adresse suivante : http://www.babelio.com/monprofil.php?id_user=144534

 

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