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Archives Mensuelles: mai 2016

Rencontre avec Alain Blottière

Ce vendredi 11 mars 2016, les élèves de 1L1 du lycée Marc Chagall de Reims avaient la chance de rencontrer l’écrivain Alain Blottière, venu échanger avec eux autour de son roman Le Tombeau de Tommy. C’est devant une assemblée attentive et intimidée par l’évènement que celui-ci s’est exprimé.

Sur son roman, Le Tombeau de Tommy, tout d’abord. L’auteur explique l’importance de ce livre et la manière dont il l’a construit. Il nous apprend que le choix d’inventer un narrateur cinéaste l’a aidé à entrer plus facilement dans la peau de ses personnages et lui a permis de mettre en place un dispositif narratif qui dépasse la simple biographie. L’alternance des deux textes, des deux histoires, nourrit le portrait de Thomas Elek et lui donne de l’épaisseur. De même, l’utilisation des mémoires de sa mère, Hélène, contribue à  dépeindre la vie de ce jeune homme engagé dans toute sa complexité. Par le biais du cinéma, naît une confrontation intense entre Thomas et son ombre, son double sur pellicule, le ténébreux Gabriel. Alain Blottière souhaitait en effet confronter deux points de vue, deux expériences radicalement différentes de cette période charnière de la vie qu’est l’adolescence. D’un côté, celle d’un jeune de notre époque, insouciant et privé d’idéal. De l’autre, celle d’un jeune résistant juif, immigré hongrois, prêt à se sacrifier pour un pays, la France, qui lui a mal rendu ce dévouement : Thomas Elek, membre du groupe de résistants Manoukian, figure sur l’Affiche rouge placardée par le régime de Vichy pour condamner la Résistance. La phrase d’accroche proclame : Des libérateurs ? La libération par l’armée du crime ! L’auteur retrace minutieusement ce parcours singulier, de l’engagement des débuts jusqu’à son arrestation.  Il ne nous épargne ni l’épouvantable période de détention de son héros, ni les scènes de torture, afin d’être exhaustif et de rester fidèle à la réalité. Libre au lecteur de sauter certains passages insoutenables… Alain Blottière explique avoir longtemps cherché la figure historique qu’il retiendrait pour ce roman. Il a d’abord pensé à Guy Moquet mais a renoncé car le jeune homme n’est pas mort les armes à la main : son seul crime est d’avoir collé des affiches et distribué des tracts. Après de nombreuses recherches, il s’est alors tourné vers la figure de Thomas Elek. La découverte des mémoires d’Hélène Elek, dévoilant son intimité, l’a également conforté dans son choix car celles-ci participaient à construire une image multiple et complexe du jeune homme que fut Thomas – loin du portrait lisse et uniforme qu’on a voulu dresser de Guy Moquet ! La somme de son travail de recherches préparatoires étant impressionnante, Alain Blottière a eu l’idée géniale d’en faire un site Internet.[1] On y retrouve documents, photos, lettres et archives que l’on consultera avec une émotion d’autant plus forte une fois le roman terminé. A l’interrogation des élèves concernant la signification du titre, l’auteur explique qu’il a joué sur le double sens du mot tombeau (un tombeau désignant, en littérature, un poème écrit en hommage à un défunt.) Par ce choix, il mêlait ainsi la mort de Tommy et l’hommage littéraire qu’il lui rendait.

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Affable et bienveillant, Alain Blottière a répondu à toutes les questions : sur l’engagement pour une cause et sur le courage que cela demande (un thème d’une actualité toujours brûlante !) Sur son roman Rêveurs, dans lequel deux univers se croisent de nouveau : celui d’un ado Français, Nathan, en perte de repères et en quête d’émotions fortes ; et celui d’un jeune Égyptien terrifié par les évènements de la place Tahrir au Caire, cherchant à fuir ce monde impitoyable. Le hasard de la vie les fera se rencontrer : le Nil unira dans son cours ces deux jumeaux qui s’ignorent… Cette rencontre très enrichissante se termine joyeusement par la traditionnelle séance de dédicaces.

Tous nos remerciements à M. Blottière pour ce trop court moment d’écoute, de partage et d’échange avec nos élèves. Merci aussi à Delphine Henry et à l’équipe d’Interbibly qui organisent depuis plusieurs années ces rencontres d’écrivains dans les lycées de Champagne-Ardenne, permettant ainsi aux jeunes d’entrer de plain-pied dans la littérature contemporaine. Nous prolongerons le plaisir de cette rencontre en nous plongeant dans le nouveau roman d’Alain Blottière Comment Baptiste est mort qui vient de paraître chez Gallimard.

Violaine AZEMA. Professeur documentaliste, Lycée Marc Chagall de Reims.

Retrouvez le récit de nos rencontres et échanges et les coups de cœur du CDI Marc Chagall de Reims sur Internet à l’adresse suivante : http://0511926s.esidoc.fr

Retrouvez toutes les chroniques littéraires du CDI Marc Chagall sur Babelio à l’adresse suivante : http://www.babelio.com/monprofil.php?id_user=144534

[1] http://www.letombeaudetommy.net/

 
 

L’Est, du Sud au Nord

Gaël Aymon nous a fait l’amitié d’accepter que nous reproduisions sur le blog un article qu’il a consacré à ses rencontres en Champagne-Ardenne, publié sur son site http://gaelaymon.com/

Une région qui soutient le livre, on espère que ça va durer (avec la nouvelle grande région)! De mes 4 jours à arpenter les lycées de Champagne-Ardenne avec la super équipe d’Interbibly, je retiens :

Des lycéens futurs hôteliers, restaurateurs, coiffeuses, commerciaux, comptables, auxiliaires de vietous adorables. Des fins inédites à Ma réputation écrites par des élèves très doués. Des bandes-annonces filmées, des « voky », des dessins, des photos, des goûters gastronomiques. Des vrais fans et d’autres qui font semblant de ne pas s’intéresser. Des questions spontanées, des profs courageux et motivés. Le lycée-ville de Reims et ses 2000 élèves! Un dessert : l’Idéal Chaumontais. Et la gentillesse de mes guides d’Interbibly, une association qui a peu d’équivalent en France et qui m’a fait traverser la région de son extrême sud au nord des Ardennes.

Enfin, je retiens aussi, avec une certaine amertume, que dans toute la France, les établissements scolaires où l’ambiance semble bonne, les relations entre élèves paisibles et bienveillantes, les profs détendus, sont presque toujours des bâtiments modernes, aérés, propres et bien conçus. Tandis que les établissements dont les profs comme les élèves semblent stressés et où l’ambiance fait parfois peur, sont presque toujours sinistres et à la limite de l’insalubrité. A force de le constater, la relation de cause à effet semble si évidente que le sentiment d’injustice augmente et qu’on se prend à rêver d’une solution toute simple (bien que coûteuse)…