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Archives Mensuelles: avril 2014

Rencontre de l’auteur Cathy Ytak au lycée professionnel de l’Argonne

  • Une rencontre enrichissante

Les élèves de 2MRC (Commerce) et de 2MVM (Maintenance des matériels de parcs et jardins) du Lycée professionnel de l’Argonne ont rencontré Cathy Ytak le 8 avril dernier, après plusieurs mois de préparation et d’activités autour du livre Le Retour de la Demoiselle.

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La rencontre s’est organisée autour des questions que nos élèves avaient préparées avec leurs professeurs : des questions sur le livre Le Retour de la Demoiselle, sur le parcours de l’auteur (sa vie, sa formation, « ses métiers »), sur sa manière d’écrire et ses sources d’inspiration, sur les références à la culture celtique assez nombreuses dans le roman, sur les lectures et écrivains préférés de Cathy Ytak, sur sa pratique de la harpe… D’autres sont apparues plus spontanément au fil de cet échange très enrichissant qui s’est achevé par une séance de dédicaces à laquelle la majorité d’entre eux se sont volontiers prêtés.

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Lors de cette rencontre, les élèves ont découvert avant tout une femme mue par la passion de l’écriture, de la nature et des livres. C’est l’une des raisons, nous a-t-elle confirmé, qui explique le choix de la citation mise en exergue du Retour de la Demoiselle : « Trois objets ne sont pas saisissables par ordre de justice : le livre, la harpe, et l’épée » extraite d’un ouvrage écrit par son professeur de harpe.

Certes ils étaient très impressionnés par son statut d’auteur et de traductrice, par la quantité et la diversité des livres qu’elle a déjà écrits et traduits, et par le fait de rencontrer en personne, un auteur « vivant », mais très vite Cathy Ytak les a conquis par sa simplicité, sa chaleur et son naturel. Deux points reviennent souvent dans les retours très positifs que nous avons de cette rencontre.

Tout d’abord, les élèves ont été très touchés par sa vision de la vie communiquée à travers l’évocation de sa propre expérience. Elle nous a confié que, selon elle, les choix que nous faisons dans notre vie ne doivent en rien être guidés par une quelconque pression sociale ou familiale. C’est ainsi qu’elle explique sa volonté première d’exercer un métier manuel malgré ses prédispositions en matière d’écriture. Elle a ainsi choisi non pas une formation littéraire dans laquelle la pressentaient ses proches, mais une formation selon son cœur : elle voulait devenir ébéniste – comme le héros du Retour de la Demoiselle, Brian. L’absence d’école d’ébénisterie acceptant un public féminin l’a conduite à s’orienter vers une autre voie : le graphisme et la reliure. Cathy Ytak, dans ce même ordre d’idées a évoqué les choix de l’une de ses proches : une femme destinée (par ses études) à devenir une brillante astrophysicienne mais passionnée par les métiers du cinéma et de l’audiovisuel. Comme Cathy Ytak, cette amie a fait un choix selon son cœur : elle est devenue une projectionniste épanouie et heureuse dans sa profession. De la même façon, à la question « avez-vous des enfants ? » posée de façon abrupte et spontanée par l’un des élèves, elle a répondu par la négative en précisant qu’il s’agissait là encore d’un choix de vie sur lequel elle rejoignait d’ailleurs son mari Eric, auquel elle a dédicacé entre autres Le Retour de la Demoiselle – un mari qui la soutient sur le chemin difficile de l’écriture puisque rares sont les écrivains qui vivent de leur plume. Qu’un auteur gagne aussi peu d’argent sur un livre les a autant surpris que le fait que l’auteur ne se déplace qu’en transport en commun et qu’elle ne dispose d’aucune voiture personnelle, ou bien, que dans ses romans, elle traite de sujets assez délicats, voire un peu à la marge (schizophrénie, autisme…).

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Ensuite ils ont été frappés de voir à quel point on peut retrouver l’auteur dans son livre. On pourrait presque faire ce raccourci un peu facile mais très éloquent : tel Flaubert qui déclarait «Madame Bovary, c’est moi », il paraît presque naturel de dire « le personnage de Brian du Retour de la Demoiselle, c’est Cathy Ytak ». L’auteur nous a, de fait, expliqué que la colère exprimée par l’adolescent au début du livre devant la combe sacrifiée, c’était la sienne ressentie quand, devant sa maison du Haut-Doubs, elle a vu avec déchirement le paysage défiguré par d’affreux bâtiments lui obstruant une belle vue dégagée sur le lac. Outre cet amour et ce respect de la nature, elle partage avec son personnage celui de la musique et de l’artisanat (plus particulièrement l’ébénisterie et la lutherie). Ainsi les émotions qu’elle lui prête, quand surpris, attiré et « presque aimanté malgré lui », Brian découvre le son de la harpe, sont bien les siennes : « Quand soudain, il entend d’étranges sons cristallins, pareils à ceux d’une source jaillissante […] Les notes saisies au vol semblent se fondre dans la nature, en une espèce de contre-chant subtil un dialogue qui s’instaurerait avec les oiseaux, le bruissement du vent dans les branchages, la symphonie de l’eau éclaboussant des pierres moussues ». Cette façon d’évoquer le chant de la harpe qui se mêle harmonieusement au chant du monde, ne pouvait que renvoyer, selon nous, à une expérience vécue. Cathy Ytak a confirmé notre hypothèse. Elle nous a d’ailleurs confié que, comme Maureen, il lui arrivait de jouer de la harpe au cœur de la nature – ceci est devenu d’autant plus aisé, qu’après le stage de lutherie qu’elle a suivi, elle s’est fabriqué une petite harpe facile à transporter. Un monde à part, pour nos élèves, dont très peu sont musiciens mais qui ont été malgré tout « épatés » et stupéfaits – pour ne pas dire « bluffés ».

C’était vraiment une belle rencontre qui leur a permis d’ouvrir leur esprit et leur cœur à des expériences et des horizons peu familiers, voire étrangers. Nous remercions vivement Cathy Ytak d’avoir bravé les tracas des transports entre la Capitale et le Pays d’Argonne pour les rencontrer. Cette rencontre demeurera en eux, à n’en pas douter, plus qu’un simple souvenir d’école.

  • Pourquoi avons-nous fait le choix de ce livre : Le Retour de la demoiselle ?

– Avant tout, il s’agissait d’un coup de cœur du professeur-documentaliste.

– ensuite, Le Retour de la Demoiselle est un livre accessible et d’une grande diversité thématique : les élèves du LP sont de très petits lecteurs ; la plupart ne lisent jamais seuls, mais écoutent volontiers un adulte leur faire la lecture ou lisent à haute voix en classe ;

– la nature étant assez présente dans le livre, cette présence thématique forte a constitué l’un des arguments de promotion du roman auprès de la Direction et des collègues dans la mesure où notre établissement scolaire est labellisé éco-lycée ;

– Brian, le héros du Retour de la demoiselle a un profil assez proche de celui des élèves du LP ;

– Enfin, c’est un livre rempli d’émotions vraies qui rendent le processus d’identification aisé et augmente ainsi le plaisir de la lecture.

  • Objectif du projet :

Le projet d’accueil d’un écrivain s’est inscrit naturellement dans la Programmation culturelle de l’établissement ; il visait à fédérer l’ensemble des personnels et des élèves autour de moments de lecture partagée, de réflexions et débats autour de la biodiversité, du développement durable et de l’environnement.

  • La préparation en amont

– Lecture du livre à haute voix, par petits groupes dans le cadre de séance d’AP avec des moments d’échange et des pauses pour vérifier le sens d’un mot (combe, tourbière…), consulter un livre ou un site (sur la harpe celtique, les métiers de menuisier, d’ébéniste, de relieur…), écouter quelques chansons ou musiques celtiques (notamment de Alan Stivell et la harpe celtique).
Nous avons aussi regardé le clip réalisé à partir du livre, par des élèves d’une classe du C.O de Leyron (près de Martigny, dans le canton du Valais, en Suisse) et disponible à l’adresse suivante : http://www.ytak.fr/archive/2013/03/08/le-retour-de-la-demoiselle-le-clip.html

– Élaboration d’un argumentaire afin de convaincre le plus grand nombre de lecteurs (avant tout les adultes – personnel administratif, enseignants, agents – mais aussi les élèves du LP). Nous n’avons pas eu temps matériel d’étendre notre lectorat au collège de Sainte-Ménehould.

– Opération « livre voyageur » : un propriétaire de livre, un lecteur convaincu. L’objectif premier était que chaque élève parvienne à convaincre au moins un adulte de la Cité scolaire ou un élève d’une autre classe de lire Le Retour de la Demoiselle.

– Élaboration d’un questionnaire de lecture simple qui est remis aux lecteurs volontaires à l’issue de leur lecture

– Après les congés scolaires et une période de stage assez longue (un mois), les élèves se sont replongés dans le livre en travaillant par groupe sur un aspect du livre. Nous nous sommes aidés pour élaborer chacun des questionnaires d’une fiche pédagogique très intéressante proposée par « e-media, le portail romand de l’éducation aux médias ».

– L’ensemble du travail effectué a été rassemblé dans un petit livret et quelques affichages ont été préparés afin de mettre en valeur l’implication de chacun dans ce vaste projet de lecture. Ce livret est consultable ci-dessous :
page de couv

 

Le résultat d’ensemble du projet tel que nous l’avons mené est plutôt satisfaisant si l’on en juge la réaction très positive de l’auteur, de la communauté éducative et pédagogique de l’établissement et des lecteurs qui ont « joué le jeu » et qui se sont laissés embarquer avec plaisir dans cette aventure.

Corinne Spychala
Professeur-documentaliste

 

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Publié par le 16 avril 2014 dans Présentation du projet